Aller au-delà de la question "Est-ce que ça va ?" La santé mentale au travail

À l'occasion de la Journée mondiale de la santé mentale, l'OIE encourage les entreprises à lutter contre la stigmatisation de la santé mentale au travail.

Par Pierre Vincensini, Conseiller principal de l’OIE

Le mardi 6 septembre n’a pas été un jour comme les autres au centre d'appel de crise australien Lifeline, ouvert 24 heures sur 24. Ce jour-là, l'organisation a reçu un nombre d'appels plus élevé que jamais auparavant en 57 ans d'existence. Pour le personnel et les bénévoles, les signes étaient désormais clairs que la crise de Covid-19 et le confinement pesaient très lourdement sur la santé mentale des Australiens. Des rapports en provenance des États-Unis, de Hong Kong, du Népal et de nombreux autres endroits confirment cette tendance.

On estime en moyenne qu'une personne sur quatre peut éprouver un problème de santé mentale. Selon l'Organisation mondiale de la santé (OMS), on s'attend à ce que les besoins de soutien en matière de santé mentale et au niveau psychosocial résultant de la pandémie augmentent considérablement dans les mois et les années à venir. La Banque mondiale a déclaré dans un blog récent(en anglais) : "Une réévaluation fondamentale est nécessaire pour surmonter la fausse dichotomie entre la santé physique et la santé mentale dans les services de santé. La parité en matière de santé mentale doit être placée au cœur du développement du capital humain." Dans le dernier numéro du magazine The Economist , un article(en anglais) a soulevé des inquiétudes sur l’augmentation potentielle du taux de suicides dans le monde.

Les entreprises s’engagent à accroître leurs investissements et à renforcer le dialogue et le soutien en matière de maladie mentale au travail.

De l’intérêt des entreprises à aborder les problèmes de santé mentale.

Au-delà des mesures spécifiques prises en réponse à la pandémie, la santé est au centre de l’avenir du travail. 

Les interventions en matière de santé mentale sur le lieu de travail visent à prévenir l'exposition aux risques à la source en offrant un environnement de travail optimal (par exemple, des horaires de travail flexibles), ou à réduire l'impact des facteurs de stress déjà présents (par exemple, la gestion du temps et des conflits, etc.), ou encore à atténuer et réduire l'impact d'un état de santé mentale chronique (par exemple, le retour au travail, le programme d'aide aux employés).

Les interventions en matière de santé mentale et de bien-être peuvent cibler des individus ou l'ensemble de l'entreprise. Il existe des preuves solides qui montrent que les interventions visant l'ensemble du personnel peuvent être les plus appropriées pour éviter la stigmatisation et peuvent réduire les symptômes d'anxiété et de dépression. Il n'en reste pas moins que des questions complexes doivent être traitées. Quelles sont les causes profondes ? Sont-elles liées au travail ou de nature personnelle ? Compte tenu de l'impact économique négatif élevé d'une mauvaise santé mentale sur le lieu de travail, les entreprises ont tout intérêt à affronter le problème.

Mettre fin à la stigmatisation des questions de santé mentale au travail

L'un des plus grands défis en matière de santé mentale est la stigmatisation et la discrimination, qui font que les personnes souffrant de troubles mentaux sont susceptibles d'être traitées moins favorablement. La stigmatisation des maladies mentales est également un obstacle majeur à demander de l'aide ou à entamer un dialogue ouvert avec le personnel. Comment aider les gens à reconnaître qu’ils ont besoin d'aide ?

Une dimension importante dans ce domaine est la nécessité d'une orientation pratique ou d'une formation pour les cadres et les employés sur la manière d'entamer et de mener des conversations avec un employé qui a ou qui pourrait avoir un problème de santé mentale. Dans certains cas, les employés soulèveront eux-mêmes la question, tandis que dans d'autres, les responsables devront prendre l’initiative. Le rôle du responsable est de permettre à la personne de faire son travail de manière positive et encourageante, en examinant les problèmes et en voyant ce qui peut être fait pour l'aider, tout en respectant l’intimité de la personne et le caractère confidentiel du processus.

Afin de prévenir l’apparition de problèmes de santé mentale sur le lieu de travail, les entreprises peuvent élaborer et mettre en œuvre des actions spécifiques, généralement intégrées à la politique de bien-être au sens large. Cela comprend la création d'une culture de travail saine et positive, par le biais de l’amélioration des conditions de travail, en facilitant l'équilibre entre vie professionnelle et vie privée et en minimisant les risques de stress, par exemple grâce à :

  • Des horaires de travail flexibles et des pratiques de déconnexion convenues par l'employeur et l'employé
  • La promotion d'un mode de vie sain (par la mise à disposition d'une alimentation saine, d'interventions axées sur l’activité physique, etc.)
  • L’adoption de mesures en cas de charge de travail excessive des employés
  • L’organisation d’ateliers sur la gestion du stress et la résilience pour les cadres et les employés
  • L’orientation ou la formation de l'ensemble du personnel en matière de communication et de compétences interpersonnelles
  • La promotion d’un équilibre entre vie professionnelle et vie privée.

Les employeurs sont conscients du rôle important qu'ils jouent dans l'amélioration de la santé mentale et de la productivité de leur personnel. Les entreprises qui mettent en œuvre des politiques et des programmes de santé mentale y trouvent souvent des avantages, notamment la réduction des jours perdus pour cause de congé de maladie, et l'amélioration de la rotation du personnel et de la satisfaction des employés. Le lieu de travail peut constituer un cadre essentiel pour la promotion d'une bonne santé mentale. La période sans précédent que nous traversons tous offre des possibilités de multiplier les efforts et les réalisations dans ce domaine.

Adresse de l'OIE

71, Avenue Louis-Casaï
1216 Cointrin/Genève - Suisse

T: +41 22 929 00 00
F: +41 22 929 00 01

ioe(at)ioe-emp.com